MACKGOLD | OBSIDIAN CIRCLE
Département de géopolitique stratégique et des ressources naturelles
Pourquoi l’or conserve sa fonction indépendamment de celui qui émet la monnaie
Date de publication : 15 septembre 2026
Introduction.
Qui se tient derrière la valeur
Presque chaque actif financier est lié à l’obligation de quelqu’un.
Un dépôt bancaire suppose l’existence d’une banque.
Une obligation suppose l’existence d’un émetteur et sa capacité à tenir sa promesse.
Un billet de banque existe au sein du système monétaire d’un État.
La monnaie scripturale nécessite une infrastructure bancaire et de paiement.
Les instruments financiers numériques nécessitent des réseaux opérationnels, des logiciels, des règles d’accès et des mécanismes de vérification de la propriété.
L’économie moderne repose sur une architecture extrêmement complexe d’obligations mutuelles.
L’or occupe une place particulière dans cette architecture.
Un lingot d’or physique n’est pas une promesse de verser quoi que ce soit à son propriétaire à l’avenir.
Il ne représente pas une dette de l’État.
Il ne constitue pas une obligation d’une banque.
Il n’exige pas d’une entreprise qu’elle rembourse une valeur nominale.
Il n’a pas d’émetteur tenu d’exécuter un contrat.
Lorsque l’or physique est détenu directement et n’est grevé d’aucune créance de tiers, son existence ne dépend pas de la solvabilité d’un autre participant au système financier.
C’est précisément pourquoi la question de l’or va bien au-delà de celle de son prix.
Que signifie l’existence d’un actif capable de passer d’un système monétaire à un autre sans appartenir entièrement à aucun d’entre eux ?
La monnaie est une institution
La monnaie moderne ne peut être comprise uniquement comme du papier, du métal ou des chiffres affichés sur un écran.
La monnaie est avant tout une institution.
Pour qu’une monnaie nationale fonctionne, il faut un État, un système juridique, une banque centrale, un système bancaire commercial, une infrastructure de paiement, des mécanismes d’exécution des contrats et la confiance de la société.
Ce n’est pas un défaut.
C’est précisément la nature institutionnelle de la monnaie qui permet à l’économie moderne d’exister à son échelle actuelle.
La monnaie fiduciaire permet d’effectuer des règlements entre des millions de participants.
Le système bancaire crée du crédit.
Les banques centrales gèrent les conditions monétaires.
Les marchés financiers redistribuent le capital.
L’État prélève des impôts et effectue des dépenses.
L’or ne peut pas remplacer l’ensemble de ce mécanisme. Et il ne le doit pas.
L’erreur commence lorsque l’on tente de considérer l’or et la monnaie moderne comme deux variantes d’un même instrument.
Ils remplissent des fonctions différentes.
La monnaie est avant tout destinée à assurer le fonctionnement et la circulation de l’économie.
Historiquement, l’or s’est révélé exceptionnellement adapté à la préservation de la valeur et à la fonction de réserve sur de longues périodes.
La monnaie existe au sein d’un système
Toute monnaie d’État possède une juridiction.
Le dollar est lié au système monétaire des États-Unis.
L’euro est lié à l’architecture institutionnelle de la zone euro.
La livre sterling est liée au système monétaire britannique.
Le yen est lié au système monétaire japonais.
Derrière chaque monnaie se trouve un ensemble précis d’institutions.
Cela confère à la monnaie sa force.
Mais cela crée simultanément une dépendance.
Les variations des taux d’intérêt influencent sa valeur.
L’émission monétaire influence le pouvoir d’achat.
La politique budgétaire influence la confiance.
Les décisions politiques peuvent affecter les mouvements de capitaux ainsi que les conditions d’utilisation de l’infrastructure financière.
Une monnaie n’existe pas indépendamment de l’État et des institutions qui organisent sa circulation.
L’or fonctionne différemment.
L’or n’a pas de nationalité.
Un atome d’or ne devient pas américain, européen, suisse ou singapourien simplement parce qu’il franchit une frontière nationale.
Le statut juridique de la propriété peut changer.
Le régime fiscal peut changer.
Son prix exprimé en monnaie nationale peut changer.
Mais les propriétés physiques du métal restent les mêmes.
Un actif sans émetteur
Cette différence devient particulièrement évidente lorsque l’on compare l’or aux instruments de dette.
Une obligation représente une promesse.
Un participant au système financier fournit du capital à un autre et obtient en contrepartie un droit sur des paiements futurs.
La qualité d’un tel actif dépend donc de la qualité de l’obligation sous-jacente.
Dans quelle mesure l’émetteur est-il fiable ?
Est-il capable d’assurer le service de sa dette ?
Dans quelle monnaie le remboursement sera-t-il effectué ?
Comment évoluera le pouvoir d’achat de cette monnaie ?
Quelles conditions juridiques régissent cette obligation ?
Dans le cas de l’or, la structure est différente.
Un lingot d’or ne promet aucun flux de trésorerie futur.
Il ne verse aucun coupon.
Il ne produit aucun intérêt.
C’est précisément ce que l’on présente souvent comme son défaut.
Mais cette même caractéristique possède une autre dimension.
S’il n’existe aucun paiement promis, il n’existe pas non plus d’émetteur susceptible de ne pas effectuer ce paiement.
Dans la terminologie financière, l’or physique détenu directement est considéré comme un actif ne comportant pas de risque de crédit lié à un émetteur.
Cela ne signifie pas qu’il soit exempt de tout risque.
Il existe un risque de prix, un risque lié au stockage, au vol, à la contrefaçon, des restrictions de liquidité dans certaines circonstances, des contraintes juridiques ainsi que des risques opérationnels.
Mais il s’agit de risques d’une autre nature.
Il n’existe aucune promesse de crédit inscrite dans l’atome d’or lui-même.
Risque de contrepartie et détention physique
Il convient ici d’établir une distinction importante.
Toutes les positions économiques liées à l’or ne possèdent pas les mêmes caractéristiques.
Un contrat à terme sur l’or n’est pas équivalent à un lingot physique.
Une part d’un fonds lié à l’or n’est pas identique à la détention directe du métal.
Une créance bancaire sur de l’or peut comporter le risque lié à un intermédiaire financier.
Un produit dérivé représente une relation contractuelle entre différentes parties.
Par conséquent, l’affirmation selon laquelle il n’existe pas de risque de crédit lié à un émetteur concerne avant tout l’or physique détenu directement et qui ne constitue pas l’obligation de dette d’un tiers.
Cette précision est fondamentale.
Le système financier peut créer de nombreux instruments autour de l’or.
Mais ces instruments peuvent réintroduire précisément le risque de contrepartie dont le métal physique se distingue structurellement.
L’or et une créance financière sur l’or ne constituent pas toujours le même phénomène économique.
Les empires disparaissent plus vite que les métaux
L’histoire de la monnaie est celle d’une transformation permanente des institutions.
Des États sont apparus et ont disparu.
Des empires se sont étendus puis se sont effondrés.
Des unités monétaires ont été réformées.
Les standards monétaires ont changé.
Des monnaies papier sont apparues, se sont dépréciées, ont été remplacées ou fusionnées.
Mais l’or est passé à maintes reprises d’un système politique à un autre.
L’or romain n’a pas cessé d’être de l’or après la chute de l’Empire romain d’Occident.
Le métal ayant appartenu à une dynastie pouvait ensuite se retrouver dans le trésor d’une autre.
Les pièces étaient refondues.
Les lingots changeaient de forme.
Les bijoux devenaient du métal monétaire, et le métal monétaire redevenait à son tour un bijou.
L’appartenance politique changeait.
La nature physique demeurait.
Cela crée une asymétrie temporelle inhabituelle.
La durée d’existence d’un système monétaire particulier peut se mesurer en décennies ou en siècles.
L’histoire de l’or lui-même en tant que support matériel de valeur traverse un grand nombre de ces systèmes.
L’or survit à ses propres formes monétaires
Même le rôle de l’or lui-même n’a cessé d’évoluer.
Autrefois, il était directement utilisé comme monnaie.
Puis il est devenu la base des systèmes monétaires fondés sur la frappe de pièces.
Plus tard, il a fait partie de l’étalon-or, dans lequel les obligations monétaires étaient liées à une quantité déterminée de métal.
Au XXe siècle, l’architecture monétaire internationale a de nouveau changé.
Après la Seconde Guerre mondiale, le système de Bretton Woods a lié de nombreuses monnaies au dollar américain, tandis que le dollar lui-même était lié à l’or pour les opérations internationales officielles à un prix fixé.
En août 1971, les États-Unis ont mis fin à la convertibilité du dollar en or pour les détenteurs officiels étrangers.
La transformation qui a suivi du système monétaire international a définitivement dissocié les principales monnaies modernes de leur ancien lien avec l’or.
On aurait pu supposer qu’après cela, l’or disparaîtrait progressivement de l’architecture des réserves publiques.
Mais cela ne s’est pas produit.
L’or a cessé d’être le fondement de l’ancien système monétaire.
Mais il n’a pas cessé d’être un actif de réserve.
Cette distinction est extrêmement importante.
Le paradoxe de la banque centrale
Une banque centrale moderne dispose de capacités qui n’existaient pas pour les institutions financières du monde antique.
Elle participe à la formation de la base monétaire.
Elle gère les taux d’intérêt ou d’autres conditions monétaires dans le cadre de son mandat.
Elle fournit de la liquidité au système financier.
Elle gère les réserves internationales.
Et pourtant, de nombreuses banques centrales continuent de détenir de l’or.
À première vue, cela semble paradoxal.
Pourquoi une institution située au cœur d’un système monétaire fiduciaire moderne détiendrait-elle un métal qui n’est plus une base obligatoire de l’émission monétaire ?
La réponse réside dans la nature des réserves.
Un portefeuille de réserves ne doit pas nécessairement être composé uniquement d’actifs offrant une commodité maximale pour les règlements quotidiens.
Il doit tenir compte de la liquidité, de la sécurité, de la diversification, des risques de change et de la résilience face à différents scénarios.
L’or ajoute à cette architecture une caractéristique particulière.
Il n’est pas une obligation de dette d’un État étranger.
C’est précisément ce qui le distingue fondamentalement des obligations d’État, des dépôts bancaires et des autres créances financières.
Réserve et confiance ne sont pas la même chose
La présence d’or dans les réserves est parfois interprétée comme une expression de méfiance à l’égard des monnaies modernes.
C’est une explication trop simpliste.
Les banques centrales peuvent détenir simultanément de l’or, des devises étrangères, des titres publics et d’autres actifs de réserve.
Ces instruments ne s’excluent pas nécessairement les uns les autres.
Ils remplissent des fonctions différentes.
La diversification est précisément l’un des principes essentiels de l’architecture des réserves.
L’or n’a pas besoin de remplacer les réserves en devises pour avoir un sens.
Sa fonction peut précisément résider dans le fait qu’il se comporte différemment.
Si l’ensemble des réserves est constitué d’obligations émises par d’autres acteurs du système financier, il dépend entièrement des émetteurs, des intermédiaires et des institutions correspondants.
L’ajout d’un actif sans émetteur modifie la structure du risque.
L’or ne doit donc pas être considéré comme une négation du système monétaire moderne.
Plus précisément, il constitue un élément qui existe à ses côtés.
L’État peut déterminer le prix de l’or dans sa propre monnaie, mais pas la nature du métal
Les États peuvent exercer une influence extrêmement forte sur la vie économique de l’or.
Ils peuvent établir des règles de négociation.
Taxer les opérations.
Fixer des exigences en matière d’importation et d’exportation.
Réglementer les produits financiers.
Façonner la politique de réserves.
À certaines périodes historiques, les États ont également imposé des restrictions beaucoup plus sévères à la détention et à la circulation de l’or.
Il serait donc incorrect d’affirmer que l’or existe « en dehors de l’État » au sens juridique.
La propriété existe toujours dans le cadre d’un ordre juridique déterminé.
Mais il existe un niveau plus profond.
L’État réglemente la relation de l’individu à l’or. Il ne crée pas les propriétés physiques de l’or.
Il peut modifier un taux d’imposition.
Mais pas le numéro atomique 79.
Il peut modifier le prix d’une once exprimé en monnaie.
Mais pas la stabilité chimique du métal.
Il peut modifier les règles de négociation.
Mais il ne peut pas créer de nouvel or par une décision de banque centrale.
C’est en ce sens que l’or possède une indépendance que les instruments financiers n’ont pas.
Le prix de l’or et la valeur de l’or sont des catégories différentes
Le prix de l’or est toujours exprimé à travers autre chose.
Dollars par once.
Euros par kilogramme.
Yens par gramme.
Mais si le prix de l’or évolue dans une monnaie donnée, cela ne signifie pas nécessairement que seule l’évaluation de l’or lui-même a changé.
L’unité dans laquelle ce prix est exprimé peut elle aussi avoir changé.
C’est un problème fondamental de tout prix nominal.
Lorsque le prix de l’or augmente dans une monnaie, plusieurs causes sont possibles :
évolution de la demande de métal ; évolution des taux d’intérêt réels ; anticipations d’inflation ; fluctuations monétaires ; risque géopolitique ; évolution de la politique de réserves ; évolution de la confiance dans les actifs financiers.
L’or est donc à la fois une marchandise et un objet de mesure monétaire.
C’est précisément cette double nature qui le rend inhabituel.
Nous mesurons l’or en monnaie. Mais au cours de l’histoire, les hommes ont à plusieurs reprises utilisé l’or pour évaluer la monnaie elle-même.
Lorsque l’unité de mesure change
Imaginons un actif dont le prix a fortement augmenté au fil des décennies dans une monnaie donnée.
Intuitivement, il semble que l’actif soit devenu plus cher. Mais l’analyse économique impose une seconde question :
qu’est-il arrivé à la monnaie elle-même pendant cette période ?
Si son pouvoir d’achat a diminué, une partie de la hausse nominale du prix de l’actif peut refléter non seulement une modification de la valorisation de marché de l’actif lui-même, mais aussi une modification de l’unité monétaire utilisée pour le mesurer.
Dans le cas de l’or, cette question est particulièrement intéressante parce que son unité physique est exceptionnellement stable.
Une once troy reste une once troy.
Ce qui change, c’est le nombre d’unités monétaires nécessaires pour l’acquérir.
C’est pourquoi l’histoire à long terme du prix de l’or fait également partie de l’histoire des monnaies elles-mêmes.
Souveraineté et réserve
Pour un État, une réserve n’est pas un portefeuille d’investissement ordinaire.
Sa fonction est beaucoup plus large.
Une réserve peut être nécessaire pour assurer les paiements extérieurs, soutenir la confiance, gérer les crises et préserver la stabilité financière.
La question du rendement n’est donc qu’un paramètre parmi d’autres.
Une autre question est tout aussi importante :
de qui ou de quoi dépend l’actif ?
C’est ici que l’or acquiert une dimension stratégique.
Une obligation dépend de son émetteur.
Un dépôt dépend d’une banque.
Une monnaie dépend d’un système monétaire.
L’or physique dépend avant tout de la possibilité de le posséder en toute sécurité, de le conserver et, si nécessaire, de l’échanger.
Cela ne rend pas l’or absolument indépendant.
Mais cela réduit le nombre de niveaux institutionnels entre le propriétaire et l’actif lui-même.
Dans l’architecture des réserves, cette caractéristique peut avoir de l’importance précisément parce qu’elle diffère de celles des autres instruments de réserve.
L’ère numérique ne supprime pas cette question
Le système financier moderne devient de plus en plus numérique.
Les paiements s’accélèrent.
Les actifs sont tokenisés.
Les règlements sont automatisés.
Les données financières circulent presque instantanément.
À l’avenir, l’infrastructure monétaire pourrait devenir encore plus technologique.
Mais la numérisation ne supprime pas la question fondamentale de la contrepartie.
Elle ne fait qu’en modifier la forme.
Derrière un actif numérique peuvent toujours se trouver un émetteur, un protocole logiciel, un dépositaire, un réseau, une législation ou une infrastructure.
Plus le système financier devient complexe, plus les niveaux d’interdépendance se multiplient.
C’est précisément pourquoi l’existence d’un actif physique sans émetteur ne devient pas moins intéressante à l’ère numérique.
Peut-être même au contraire.
Plus la forme de la monnaie devient abstraite, plus la différence avec un objet dont la valeur n’est pas l’inscription de l’obligation de quelqu’un d’autre devient visible.
Mais l’or exige lui aussi de la confiance
Il faut ici éviter une autre simplification.
On dit parfois que l’or ne nécessite pas de confiance.
C’est faux.
La valeur de marché de l’or existe elle aussi grâce à la reconnaissance humaine.
Pour que l’or puisse remplir une fonction de réserve, les individus et les institutions doivent continuer à le considérer comme un actif précieux, liquide et acceptable comme objet d’échange.
Il faut avoir confiance dans la pureté du lingot.
Dans le système d’affinage.
Dans le dépositaire.
Dans le poids.
Dans la provenance.
Dans le droit de propriété.
Dans le marché sur lequel le métal peut être vendu.
Par conséquent, l’or n’existe pas en dehors de la confiance.
Sa particularité réside ailleurs.
La confiance ne porte pas sur la promesse d’un émetteur de fournir quelque chose à l’avenir, mais sur les propriétés de l’actif lui-même et sur le système de reconnaissance qui s’est formé autour de lui au fil du temps.
Il s’agit d’un type de confiance fondamentalement différent.
Deux architectures de confiance
Ainsi, le système financier moderne présente deux modèles différents.
Le premier est la confiance institutionnelle.
Nous acceptons une monnaie parce qu’il existe un État, une législation, une banque centrale, un système fiscal, une économie et une infrastructure de paiement.
Le second est la confiance dans un actif historiquement reconnu indépendamment d’un émetteur spécifique.
L’or appartient principalement à la seconde catégorie.
Un modèle n’élimine pas l’autre.
La civilisation moderne a besoin de monnaie institutionnelle.
Sans elle, il est impossible d’imaginer le crédit, les paiements de masse, le budget public moderne, les marchés financiers et une économie mondiale complexe.
Mais précisément parce qu’une grande partie du système repose sur des obligations mutuelles, un actif d’un autre type peut remplir une fonction particulière.
Non pas remplacer le système.
Mais créer un niveau supplémentaire de résilience en son sein.
L’or entre les systèmes
Dans les précédentes études de MACKGOLD | OBSIDIAN CIRCLE, nous avons examiné l’or comme un élément rare, comme le résultat de l’histoire cosmique et comme un immense stock hors sol accumulé par l’humanité.
Mais il existe une autre dimension.
L’or peut passer non seulement d’un propriétaire à un autre.
Il peut passer d’une époque monétaire à une autre.
Une monnaie en remplace une autre.
Les États changent.
Les régimes de règlement changent.
Les normes de réserve changent.
Les technologies de conservation et de transfert de valeur changent.
Mais le métal peut être refondu, standardisé et réintégré dans un nouveau système économique.
C’est pourquoi l’or possède une forme inhabituelle de durabilité institutionnelle.
Non pas parce qu’il remplit toujours la même fonction.
Au contraire.
Ses fonctions évoluent constamment.
C’est précisément sa capacité à survivre aux changements de fonctions et de systèmes qui le rend historiquement exceptionnel.
Conclusion.
Un actif qui n’a pas besoin d’émetteur
L’économie moderne ne peut exister sans États, banques, crédit, monnaies et marchés financiers.
L’or n’est pas une alternative à l’ensemble de cette architecture.
Il représente un autre type d’objet économique.
Sa différence fondamentale ne réside pas dans son éclat.
Ni seulement dans sa rareté.
Ni seulement dans son histoire.
Ni même seulement dans sa capacité à se conserver pendant une durée pratiquement illimitée.
La principale différence est structurelle.
L’or n’est la promesse de personne.
Pour qu’une obligation conserve sa valeur, l’émetteur doit respecter ses engagements.
Pour qu’un dépôt reste accessible, le système bancaire doit fonctionner.
Pour qu’une monnaie conserve la confiance, les institutions qui soutiennent sa circulation doivent perdurer.
Pour que l’or physique continue d’être de l’or, rien n’est exigé d’un émetteur.
Cela ne le rend pas sans risque.
Cela n’en fait pas une monnaie parfaite.
Cela ne garantit pas une hausse de son prix.
Mais cela place l’or dans une catégorie d’actifs distincte.
Les États créent des monnaies.
Les banques créent du crédit.
Les marchés financiers créent d’innombrables formes de créances et d’obligations.
Les technologies créent sans cesse de nouvelles façons de transférer de la valeur.
Et l’or traverse ces systèmes sans appartenir définitivement à aucun d’entre eux.
C’est peut-être pourquoi l’un des paradoxes les plus intéressants du système monétaire moderne peut être formulé ainsi :
les États ont le pouvoir de créer de la monnaie, mais ils continuent de détenir un métal qu’ils ne peuvent pas créer.
Non pas parce que l’or devrait remplacer la monnaie.
Mais parce que dans un monde d’obligations, il existe une valeur dans un actif qui n’est pas lui-même une obligation.
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15 septembre 2026